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Matériaux lithiques de construction et de décoration

Le principal matériau de construction est le « calcaire à entroques. » Ce calcaire est extrait sur le plateau de l’Ile Crémieu et a été utilisé jusqu’au développement du ciment et du béton au XIXe siècle. Se présentant souvent par minces plaques d’une dizaine de centimètres d’épaisseur, il a été employé également pour les toitures sous forme de dalles appelées localement lauzes. Les entroques sont des éléments fossilisés de squelettes d’animaux marins, les crinoïdes, animaux vivant toujours actuellement. Ce sont les petites étoiles que l’on voit sur la photographie.

D’autres calcaires (choin de Fay, choin de Villebois, tuf) et de la molasse, un grès friable à grain fin, ont été utilisés en raison de leurs propriétés. Le choin de Fay, par exemple, permettait la taille de grands blocs pour la construction de monuments importants comme un temple, des thermes ou mausolée…

Les blocs de pierre, bruts ou taillés, étaient liés de différentes façons : à la terre, à l’argile, au mortier de chaux ou de tuileau. L’architecture romaine recourait essentiellement au mortier de chaux.

Le mortier de tuileau est un mortier de chaux auquel on ajoute des tuileaux, (fragments de tuiles et de briques pilés). Cette adjonction provoque une réaction chimique qui donne trois qualités à ce mortier :

- durcissement

- imperméabilité

- prise sous l’eau.

Ce mortier de tuileau est donc mis en oeuvre dans tous les aménagements où l’eau est présente, comme les fonds de bassins dans les thermes ou les fontaines.

Les derniers éléments destinés à la construction sont ceux fabriqués en terre cuite, essentiellement les pièces de la toiture, tegulae (grandes tuiles plates à rebords) et imbrices (actuelle tuile-canal), et les briques.

 

La terre cuite est aussi utilisée dans les thermes pour le système de chauffage par le sol et le mur appelé hypocauste.

Les marbres, colorés ou blancs, sont employés dans la décoration de la villa et sont un signe ostentatoire de la richesse du propriétaire. Ils sont importés depuis tout le bassin méditerranéen (Italie, Grèce, Turquie, Egypte, Afrique du Nord), ou viennent de Gaule même (Pyrénées, voir la photo, Bugey, Bourgogne).

 

Les principales utilisations des marbres colorés sont les pavements de sol ou de mur, uniformes ou par juxtaposition de plaques (opus sectile). Ils sont plus rarement utilisés pour la fabrication de tesselles de mosaïque.

Les marbres blancs ont ces mêmes utilisations, mais sont le plus souvent destinés à la statuaire car ils possèdent une structure homogène à grain fin qui se prête facilement au ciseau du sculpteur. Leur nature chimique – du carbonate de calcium pratiquement pur – a fait le malheur de nombre de statues, passées dans les fours à chaux.

Les mosaïques sont un autre signe ostentatoire de richesse. Les petites pièces qui les composent, les tesselles, sont taillées dans toutes sortes de matériaux : calcaires, marbres, terre cuite, pâte de verre, afin d’obtenir une gamme de couleurs variée.

Un dernier élément de décoration est l’enduit peint. Après l’application d’un mortier sur le mur, recouvert d’une mince couche de chaux, la peinture était appliquée avant séchage. Les pigments étaient généralement d’origine minérale ; le noir était fabriqué avec des produits organiques.

 

Enfin, la pierre peut être employée pour la fabrication d’objets domestiques comme les mortiers à pilon, les meules en basalte importées du Massif Central (voir la photo), ou agricoles comme les pierres à aiguiser…

Denis Rival

Quand des néophytes découvrent le marais du Grand Plan ….

Sur le site du Vernai, à Saint Romain de Jalionas, on n’étudie pas que des murs et des poteries ; on s’occupe aussi de l’environnement ; la zone humide du marais du Grand Plan qui borde les bâtiments de la villa a fait l’objet d’une étude archéologique d’envergure.

Avec l’aide d’un géomorphologue, un kilomètre de tranchées a été étudié. Tout le discours historique est issu de ces travaux.

Une visite sur le terrain s’impose.  C’est parti ! On pénètre dans le marais comme dans un sanctuaire, l’oreille aux aguets, l’œil en éveil, le pas hésitant sur le terrain spongieux.

Son occupation protohistorique :

L’ancienneté de l’occupation humaine sur les bords du Girondan est surprenante.

Pourquoi les populations protohistoriques font-elles le choix de cette implantation ? C’est humide, pas très bon à la santé, sujet aux inondations, peu commode pour implanter de l’habitat …

Oui, mais il faut se nourrir, voyons ! Et, contrairement aux terrasses alluviales du Rhône drainantes et peu généreuses, ici, les terres sont fertiles ! 

De l’époque néolithique jusqu’à l’époque gauloise, les populations s’installent petit à petit au bord du Girondan, cultivent de petits lopins de terre, sèment des céréales et élèvent sans doute des porcs en semi-liberté, dans le marais du Grand Plan sans recourir toutefois à une organisation foncière importante.

Son aménagement gallo-romain :

Difficile cependant d’imaginer en pataugeant sur le terrain détrempé qu’il a été mis en valeur systématiquement, méthodiquement à l’époque gallo-romaine.

Pourtant les hydrauliciens de l’époque rectifient le cours de la rivière, quadrillent l’espace en utilisant l’actus, mesure romaine en usage, tracent un réseau de canaux, font creuser des fossés… à la main, eh oui, à la main, à la force du poignet des populations serviles….

La cartographie réalisée à la suite des fouilles est là aussi pour témoigner de l’aménagement du site du milieu du 1er siècle avant J-C. au 4ème siècle de notre ère. Incroyable !

Mais où sont les canaux ? Comblés … disparus seulement pour les néophytes que nous sommes, pas pour les archéologues ou les naturalistes.

La présence d’eau, la végétation adaptée au milieu renseignent les spécialistes. Tout parle de l’histoire du marais, de son évolution, de son devenir : carex, lysimaque, viorne, bourdaine, iris des marais, gesse …

Un livre de feuilles, de fleurs, d’écorces à décrypter, à toucher, à sentir… est là, à notre portée.     

On a bien fait de venir !!!

Pourquoi le marais a-t-il été aménagé ?

Dans un premier temps, les gallo-romains ont asséché le marais.

Au 2ème siècle, le système pour évacuer l’eau va être complété. Après avoir éprouvé l’efficacité de leurs travaux de drainage, ils imaginent de l’irriguer !!!

Ils sont fous ces …gallo-romains !  

A cette époque, la butte morainique au nord du marais est cultivée : on y a planté des vergers, des vignes …

Le second réseau va se déployer au pied de cette colline. Les sources sont captées et réparties par un système de vannes complexes sur les terres à irriguer pendant l’été.

Sur les zones drainées, propices à la culture, les gallo-romains vont semer du blé, de l’orge, élever des bovins sur les pâturages et préserver des espaces boisés pour la chasse, pour nourrir des porcs et certainement aussi pour élever des cerfs dans l’antiquité tardive.

Tout est parfaitement fonctionnel jusqu’à ce que l’érosion du coteau des vignes vienne colmater les fossés.

Que se passe-t-il alors ? 

Au 3ème siècle, l’érosion de la côtière est amplifiée par une péjoration climatique attestée par différentes sources géo-historiques. A cet événement naturel s’ajoute la surexploitation agricole des coteaux qui entraîne le ravinement des sols.

Le système visiblement efficace jusqu’au 3ème siècle s’enraye. Les canaux se bouchent. Les remontées de nappes obligent à se recentrer sur le drainage, à abandonner la partie au pied de la colline.

On recreuse les fossés et on se concentre sur l’élevage. La teneur en nitrate des sédiments confirme le choix opéré en cette fin du Bas Empire.

Sa réorganisation médiévale , heur et malheur du marais :

Au Moyen Age, nouvelle destinée du marais. La consommation du poisson connaît un essor considérable. En effet, on se doit de respecter les nombreux jours de Carême. Une aubaine pour l’Église et l’aristocratie.

Dans le marais du Grand Plan, le châtelain fait construire une chaussée pour créer un étang qu’il exploite en alternant des temps de pêche et des temps de cultures, comme dans les Dombes.

Au 15ème siècle nouvel avatar : le château est pris, la chaussée n’est plus entretenue, l’étang est abandonné.

Abandon …

Pour les archéologues comme pour les naturalistes, le marais qui n’est plus entretenu se referme. Peu à peu, l’abandon entraîne une modification de la flore et par conséquent de la faune. 

Et maintenant, que reste-t-il ?  Un livre grandeur Nature, « Le livre du marais » et son déchiffrage passionnant.

 Chantal Pennetier

Pour ne pas "se planter" dans le marais …  suivre les médecins de l'Antiquité et les naturalistes d'aujourd'hui ….

 

 A l'occasion d'une sortie archéologique dans le marais du Grand Plan, les naturalistes de Lo Parvi nous ont montré la variété des espèces botaniques, expliqué la complexité des relations qu'elles entretiennent avec leur milieu et donné des exemples de leurs nombreuses références à la mythologie, à la pratique de la médecine, à la vie quotidienne, de l'antiquité à nos jours.

 

Illustration …

 

" En Europe, on a quand même des lianes …" fait remarquer Christophe. Une liane c'est une plante volubile capable de s'enrouler ou de faire des vrilles. Elle se sert d'autres plantes pour se hisser vers la lumière, pour fleurir et assurer sa reproduction.

 

Le marais offre au moins deux exemples de ces "accro-plantes" : le tamier et le houblon.

 

Le tamier a des feuilles bien particulières, luisantes, vernissées, en forme de cœur. Il aime les sols frais et riches.  Son nom scientifique dioscorea communis fait référence au médecin Dioscoride qui reconnaît à la plante des propriétés médicinales intéressantes. Son surnom d'herbe aux femmes battues est sans doute celui qui illustre le mieux, dans la médecine populaire, l'utilisation de sa racine pour faire disparaître les hématomes.

Si des études ont confirmé les vertus anti-inflammatoires et analgésiques de la plante, on ne sait pas trop si la racine du tamier était utilisée pour soigner ou pour simuler … 

Celse, médecin sans doute contemporain de l'empereur Auguste, faisait sécher la plante et obtenait, dit-on, une poudre anti-poux.

Dans la cuisine antique, on mangeait les jeunes pousses. Dioscoride écrit que : " ses premiers tendrons sont bons à manger, tout ainsi que les autres herbes du jardin. "

Il faut cependant se méfier de cette belle et vigoureuse grimpante et ne pas la confondre avec la bryone dioïque courante sur l'Isle Crémieu.

Elle contient quantité de composés chimiques, toxiques pour la plupart. Ses feuilles peuvent provoquer des réactions cutanées tout comme la clématite des haies, autre plante volubile, que l'on trouve fréquemment dans nos haies. La clématite ou vigne blanche porte le nom suggestif d'herbe aux gueux. Les mendiants au Moyen Age se faisaient paraît-il des ulcères sur le corps en s'appliquant des feuilles de clématite pour susciter la pitié...

 

 Quant au houblon, humulus lupulus, les Romains croyant qu'il suçait la sève des arbres sur lesquels il grimpait l'ont appelé lupulus ou "petit loup". Luppolo en italien désigne le houblon.  Ses longues tiges peuvent être utilisées en vannerie.

Dans l’Antiquité, il était connu comme légume, apparemment pas comme médicament.

Ses pousses nouvelles étaient consommées comme "asperges".

En fait, "asperges" pour les populations antiques était un nom générique pour désigner toutes les plantes dont on mangeait les jeunes pousses. C'était le cas du tamier, mais aussi du petit houx ou fragon, de la bryone, du fenouil, du silène enflé, de l'asperge sauvage ….

Aujourd'hui, en Belgique, c'est un légume considéré comme un luxe gastronomique et connu sous le nom de "jets de houblon ".

Les cônes sont utilisés comme sédatif, en tisane, en poudre ou pour remplir les oreillers.

Il faut attendre le Moyen Age et Hildegarde de Bingen pour que les inflorescences femelles du houblon entrent dans la préparation de la bière.

 

De même que le tamier ou le houblon, d'autres plantes herbacées, arbres ou arbustes sont prioritairement des plantes des lieux humides. 

 

A suivre….

Texte et photos : Chantal Pennetier

Le Tamier

Le Houblon

Jardin Antique expérimental : Les Haies

Dès que l’homme a commencé à cultiver des parcelles de terre pour subvenir à ses besoins, la protection de ces cultures s’est avérée nécessaire contre les animaux ou les voleurs. A l’époque gallo-romaine, deux styles de haies cohabitaient :

La haie Gauloise ou Plessée 

Le plessage est une technique traditionnelle de taille des haies vives. Une haie plessée est constituée en fendant, à proximité du sol, les troncs des arbustes qui la constituent. Les arbustes ainsi fendus sont ensuite inclinés et tressés avec des piquets espacés de 40 cm ou bien avec certains arbustes laissés verticaux. Les branches ainsi ligaturées forment une barrière infranchissable. Des épineux peuvent être intégrés dans la haie.

La Haie Romaine

La haie romaine était composée d’arbustes plantés sur deux rangs espacés de 3 pieds, en quinconce, et espacés également de 3 pieds sur le rang.

(1 pied = 30 cm environ) Entre ces deux rangées, d’autres arbustes peuvent être plantés, par exemple des épineux. Les branches qui partent à l’extérieur sont coupées pour permettre le développement des branches à l’intérieur de la haie et ainsi former une barrière difficilement franchissable.

Texte et photos : Nadia Salin

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